Les personnes Handicapées et les Droits de l'Homme

 


" Tous les hommes naissent libres et égaux en droits. " Mais l'égalité concerne les semblables ; ceux qui présentent une différence sont inférieurs. Cette conception implicite, inconsciente mais aux conséquences très concrètes, intériorisée par la quasi-totalité du corps social, dans les institutions comme dans la société civile, du haut en bas de l'échelle sociale, construit la définition de l'homme " normal " capable d'égalité.

Si plusieurs catégories sociales souffrent de cet aparté dans l'égalité, les personnes handicapées en sont les premières atteintes, parce que l'anomalie est socialement visible, administrativement mesurable, présupposée porteuse d'incapacité.

Les difficultés d'accessibilité des locaux et de voirie sont une conséquence de la norme sociale de l'individu type ; si l'on ne conçoit pas que l'homme - ou la femme - social puisse avoir un physique ou des sens différents de la moyenne, les difficultés d'ascenseur, les problèmes de trottoir ou d'escalier sont l'affaire d'êtres "a-normaux"…
La personne qui ne correspond pas à cet " égal " devient un "cas social", un être qui quitte la norme pour entrer dans un modèle : le handicapé devient alors porteur de l'action sociale qui le traite, qui le désigne, le nomme (insertion, intégration, réadaptation, placement, prise en charge, etc.) Loin d'en faire des " égaux " au sens des Droits de l'Homme, le phénomène réduit les personnes handicapées à leur déficience. Dur pour la personnalité !

Alors que la loi du 11 Février 2005 légalise les principes de " l'autonomie des personnes handicapées ", le " choix de vie de la personne handicapée ", les pratiques sociales vues à la lumière des droits de l'Homme ne sont pas à la hauteur des principes constitutionnels du 4 Octobre 1958.

L'exemple des préparation des Maisons départementales des Personnes Handicapées est parlant :
Les personnes handicapées ne sont pas toujours consultées, ni même informées, sur la préparation de la Maison départementale des Personnes Handicapées, passage obligé de leur existence, instituée par la loi du 11 Février 2005 mais organisée sous la responsabilité des pouvoirs locaux. Les informations dont nous disposons sur cette institution en cours d'organisation sont fragmentaires, parasitées de rumeurs incontrôlables.
Il est prévu dans la loi du 11.02.2005 que les personnes handicapées soient maîtres de leur propre vie. Or, les commissions pluridisciplinaires des MPDH. reçoivent des pouvoirs exorbitants :
- _ Les organismes publics (COTOREP., CDES., SVA..) sous l'autorité du Conseil Général, s'organisent entre eux pour fabriquer un système de procédures sans que les personnes handicapées aient pu intervenir dans cette opération, ni ne soient informées de rien.
- _ Lorsque nous parlons de ce problème, les interlocuteurs institutionnels répondent que des associations sont parties prenantes dans la MDPH. ; or les associations concessionnaires de service public censées représenter les personnes handicapées, toutes associations confondues, ne représentent que 3,2 % des personnes handicapées en France. De plus, l'article 20 de la Charte des Droits de l'Homme, préambule de la Constitution du 4 Octobre 1958, affirme que " Nul n'est obligé d'adhérer à une association ". Est-ce conforme que ces institutions considèrent légitime que les associations " représentent " des gens qui ne sont pas adhérents ?
A l'heure où fleurissent les mises en tutelle pour des motifs plus ou moins abusifs, il devient urgent de s'interroger sur la définition de l'homme et son droit d'être un citoyen quelle que soit sa race, son sexe, son état de santé... et le droit de parler en son propre nom.

Un citoyen ne pourrait se représenter lui-même si il est une personne handicapée. ! Un comble au pays des droits de l'homme !

Pascal DORIGUZZI, le 10.04.2006

 

 

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