Automne 2001

Sur un débat télévisuel à propos de l'arrêt Perruche

La vie est-elle une chance ou un préjudice ?

 

Deux choses m'ont choqué ;
*· Ce verdict du tribunal il y a quelques mois ;
*· Le titre choisi au débat de ce soir, organisé pour l'analyser et lui répondre.

En effet, que répondre ? Dans les deux cas,
* ·" La vie est une chance " D'accord, très bien ! Mais après, qu'a-t-on de plus ?
*· " La vie est un préjudice " Doit-on se flinguer après le débat ?

Titre mal choisi dans ces temps où la légalisation de l'euthanasie revient en vedette, certes diront les innocents pour les cas extrêmes, mais des gens animés de bonnes intentions pourraient un jour, choisir de faire cesser le préjudice. Fort heureusement, ce n'est pas à l'ordre du jour... Titre mal choisi : En effet, poserait-on la question pour des chômeurs, des SDF, et autres exclus ? Ça serait absurde !

 

POUR POSER UNE VRAIE QUESTION...


Et pourtant, qu'est-ce qui donne un sens à la vie d'un être humain dans les sociétés occidentales ? Simplement l'identité sociale de chacun d'entre nous, dans
1 le travail
2 l'amour
3 la création.
Trois thèmes encore difficilement accessibles aux personnes avec un handicap... Débattre sur ce thème serait une meilleur réponse à ceux qui voient un avantage financier au préjudice que serait l'existence !

 

AU LIEU DE PHANTASMER SUR LA RACE PURE...

 

Le succès de la loi du 30.06.1975, c'est la "banalisation" du handicapé : le handicapé est devenu une dimension ordinaire, connue, citoyenne de la vie sociale. Qui n'a pas un voisin, un ami, un membre de sa famille, quelque fois un collègue de travail ayant un handicap quelconque ? Et on ne cache plus ses handicapés… "L'homme de la rue", "Monsieur Tout-le-monde" est plutôt serviable, amical, parfois solidaire… Le public est généralement informé, et les manifestations d'hostilité ou de défiance, si elles existent encore ne sont plus fréquentes.

La rénovation de la loi du 30.06.1975 doit porter sur un nouveau pas dans notre évolution sociale : sa responsabilité est de faire avancer la question de l'identité.

En effet, si la "population" dans l'ensemble est généralement compréhensive, la personne handicapée rencontre des barrières dès qu'il s'agît de réaliser son identité.
J'entends par "identité" les trois éléments qui construisent une personnalité - ici, il s'agît de tout être humain sans distinction aucune - :
*· L'utilité sociale (profession, engagements et citoyenneté, qu'apporte-t-on concrètement aux autres, à la société)
*· La sexualité (est-on marié, célibataire, a-t-on des enfants, …)
*· La création - ou comment se réalise-t-on - (dans son travail, ses passe-temps, la littérature ou un art quelconque, la recherche…)
Ces trois domaines constituent l'identité de chacun ; elle n'est pas une question individuelle, elle est un fait social, une interaction sociale - Durkeim disait "l'homme isolé n'existe pas" -.

 

ET NOUS CIVILISER. UN PEU.

 

Or, les trois domaines où les personnes handicapées rencontrent des barrages administratifs, culturels - mentalités -, hiérarchiques - échelle sociale et concurrences -, sont : l'emploi et l'insertion professionnelle, la sexualité encore taboue, la création qu'elle soit artistique - parquée dans les lieux réservés aux handicapés -, l'innovation - entreprise, invention - ou intellectuelle - la responsabilité sous-estimée et entravée -…

La rénovation de la loi du 30.06.1975 doit poser cette question de l'identité et ne pas se limiter à une réforme du secteur médico-social. Sinon, que signifient les termes "insertion", "égalité des droits", "vivre comme tout le monde" ? Sinon, tous ces mots que nous utilisons trop facilement doivent être redéfinis…
Sinon les personnes handicapées deviennent un simple sujet de travail social, légitimant des subventions publiques, justifiant la création de postes de travail et d'encadrement.

Voici une question à poser et à débattre, au lieu de lancer des décisions juridiques surréalistes aux conséquences douteuses.

Enfin, j'ajoute, puisqu'on parle de " souffrance ", qu'être atteint d'un handicap n'est qu'un avatar de l'existence, on vit avec. Mais lorsque, après des années de travail, d'efforts acharnés et de sacrifices, un gars sur un fauteuil devient Docteur en Science politique, et que des monstres font main basse sur ses travaux scientifiques (Pillage de thèse...) alors là oui, on peut parler de préjudice et de " souffrance ".

 

TEXTE ADOPTÉ n° 757 ASSEMBLÉE NATIONALE 10 janvier 2002 (PROPOSITION DE LOI) relative à la solidarité nationale et à l'indemnisation des handicaps congénitaux.

 

Post-scriptum : Le propos actuel (Avril 2002, Orange) de l'extrême-droite sur la race prure, le handicap et l'oeugènisme me fait penser aux débats scolastiques du Moyen-âge entre les anciens et les modernes :

Depuis les recherches sur la carte génétique, on sait comment se transmettent les maladies invalidantes ; chaque nouveau-né a plusieurs milliers de gènes malades -sur les 100 000 qui le composent -, qui restent inactifs toute la vie - même un athlète ou un Einstein -. Pour avoir des conséquences, il faut que l'individu ait la malchance de procréer avec un conjoint ayant le même gène malade que lui, probabilité infime. Ainsi, les mariages consanguins ne font que multiplier les risques de maladies génétiques en augmentant le taux de probabilité des rencontres de patrimoines génétiques identiques. De plus, les gènes défaillants doivent être "éveillés" au moment de la conception chez les deux conjoints pour que l'enfant soit porteur d'un handicap. C'est pourquoi il y a des handicapés et des valides dans une même fratrie. Vaste loterie…

Le "péché" familial, "l'impureté raciale", la "mésentente conjugale", la faute des parents et autres fariboles "psychanalitiques" ne sont que des tromperies, en l'état à but politique… Faire prendre les apparences pour la réalité. Une manipulation génétique en quelque sorte !

 

© Copyright Pascal Doriguzzi 2001