Article paru dans l'Agglo-Rieuse n° 498, le 21 Juin 2012 

 

 

Les secours ont refusé d'intervenir pour un SDF

 

 

« J'ai cru qu'il allait crever comme un chien »

 

C'est un témoignage édifiant : l'employé d'un cybercafé proche de la gare SNCF Saint-Roch raconte que le Samu social, les pompiers et le centre 15 (Samu 34) ont refusé de venir au secours de son pote SDF malade des poumons et qui s'étouffait sous ses yeux : «l'ai cru qu'il allait crever comme un chien... »

 

Un soir de début juin, vers 23 heures, un employé d'un cybercafé d'ici voit débarquer Greg, 21 ans, qui n'a plus de toit : « II était blême, il ne tenait presque pas debout, il se tenait la gorge, il n'arrivait pas à me dire ce qui se passait. Comme je sais qu'il est malade des poumons, j'ai compris qu'il faisait une crise aiguë. Puis, ça s'est aggravé, il s'étouffait, il crachait même un peu de sang, il fallait qu'on l'emmène fissa aux urgences de l'hôpital. »

 

« J'ai composé le 115 pour que le Samu social envoie sa camionnette de la maraude. On m'a dit que ce n'était pas de son ressort, qu'il fallait s'adresser aux pompiers. Au 18, le stationnaire m'a indiqué que les pompiers n'intervenaient que sur la voie publique, pour un commerce ou à domicile, il m'a dit d'appeler le centre 15. Au Samu 34, j'ai dû longuement expliquer la situation, j'ai précisé que la victime était un SDF; on m'a même demandé s'il n'était pas plutôt en état d'ivresse. Après description des symptômes, le médecin du Samu a décidé qu'il ne s'agissait pas d'une urgence vitale. II m'a renvoyé sur SOS Médecins.»

 

Pendant ce temps, l'heure tourne et Greg se roule par terre, à deux doigts de perdre conscience dans le cybercafé. II est presque minuit quand l'employé du commerce parvient à avoir un docteur de SOS Médecins au bout du fil : « Hélas, il était en intervention, il avait d'autres cas à soigner, il ne pouvait pas venir avant une heure du matin. J'ai alors appelé un ami qui possède une voiture. Quand je lui ai raconté tout ça, il n'a pas hésité. Il est venu récupérer Greg et nous l'avons mené aux urgences de Lapeyronie. » Avec les risques très graves que cela comporte et qui sont d'ailleurs interdits par la loi : imaginez un instant que la personne que vous transportez décède dans votre véhicule...

 

Lavage

 

Après un bon lavage broncho-alvéolaire qui s'imposait et une vingtaine d'heures en observation. Greg a pu ressortir requinqué. Mais scandalisé par l'inertie des services de secours d'ici : « J'ai bien cru que j'allais y passer Pourquoi on abandonne ainsi les gens ? » A 21 ans, Greg, Montpelliérain de naissance et de cœur, est devenu indésirable dans sa famille : « Je suis SDF comme on dit. Je suis hébergé ici et là par des copains, je dépanne les uns et les autres pour pouvoir manger à ma faim.» Ému par cette histoire, le patron du cybercafé, connu pour son humanisme, a décidé d'embaucher Greg « pour faire le ménage dans le commerce ouvert 24 heures sur24 et pour donner aussi un coup de main à l'employé quand il y a foule ; c'est un beau geste». Avec même un petit plus : Greg est désormais hébergé sur place, où il dispose d'un petit coin pour dormir.

 

Greg et son pote du cybercafé ont appris ces derniers jours cet épisode rocambolesque du côté du Corum, où un SDF ivre a lacéré à coups de tessons de bouteille un autre SDF, avec un policier qui a failli être mordu par le chien de l'un d'eux. Le policier a été obligé de tirer sur l'animal avec son arme de service. « Blessé par une balle, le chien a été conduit par la police municipale chez un vétérinaire pour y être soigné. Un animal a-t-il plus d'égards qu'un être humain à Montpellier ?» s'indignent Greg et son pote.

 

 

 

La prochaine fois, ils téléphoneront à la police !

J.-M.A.